lundi 1 octobre 2012


BILLET 3
Téléphonie mobile : quand les journalistes deviennent accessibles n’importe où et n’importe quand

Lors de mon tout premier cours de journalisme à l’Université Laval en 2011, notre enseignant a décrit le cellulaire comme étant l’outil le plus utile du journaliste. Pourquoi ? Parce qu’en plus de pouvoir filmer, prendre des photos et transmettre la nouvelle sur les réseaux sociaux, le téléphone mobile permet surtout d’être disponible 24 heures sur 24…

Un peu plus tard, ce même enseignant nous a fait visionner un court extrait d’une entrevue télévisuelle dans lequel on aperçoit une journaliste brésilienne répondre, en direct, à son cellulaire (Barbosa, 2011 : En ligne, vidéo). 


Le manque d’éthique professionnelle et l’impolitesse ont maintes fois été évoqués par mes collègues pour qualifier l’attitude de la Brésilienne. J’étais moi-même en accord avec eux.

Cependant, après avoir travaillé dans une salle de nouvelles et fait de la pige pour la radio lors des Jeux olympiques de Londres, mon opinion n’est plus la même. Je peux désormais imaginer la pression ressentie par cette journaliste. Bien que je n’oserais jamais répondre à mon téléphone mobile dans un direct, il reste que les patrons exigent que l’on prenne leurs appels (et dieu sait qu’ils sont nombreux) même lorsqu’on réalise une entrevue. Peut-être que la Brésilienne en question attendait un coup de fil important ou bien avait-elle commis une erreur en ondes et son rédacteur en chef tenait à l’avertir ? On ne le saura jamais. Mais cet exemple démontre à quel point « le cellulaire est la laisse du journaliste » (Laporte, 2011 : En ligne, 5e par.).

Gina Desjardins, journaliste spécialisée en technologie, soutient que si « certains individus sont dépendants de l’instantanéité du téléphone mobile, d’autres peuvent très bien attendre au lendemain pour écouter leurs messages » (2011 : En ligne, 2e par. sous À part l’instantanéité, à quoi servent les cellulaires ?). Selon moi, il est vrai qu’un citoyen dont le cellulaire n’est pas un outil de communication important au travail peut choisir de rappeler plus tard, mais la situation est tout autre pour les journalistes. Ceux-ci se doivent d’être à l’affût, car s’ils ne décrochent pas ou ne rappellent pas dans les minutes suivantes, ils devront rendre des comptes ou encore l’affectation (qui peut se révéler un scoop de temps à autre) sera transmise à un autre journaliste.

En ce sens, le téléphone mobile, malgré toute l’autonomie qu’il donne aux journalistes, devient davantage un esclavage qu’une liberté. D’ailleurs, une enquête de l’Australian Mobile Telecommunications Association a révélé que ceux dont le cellulaire est un outil de travail important souffrent d’un taux de stress deux fois plus élevé que ceux qui ne s’en servent qu’à des fins personnelles (Wajcman, 2007 : En ligne, 26).

Bibliographie

Barbosa, Rogério. 2011. « TV News Reporter Answer Cell Phone During Report Live ». YouTube. [En ligne] URL : http://www.youtube.com/watch?v=NhsyQLtpaCQ. Consulté le 29 septembre 2012.

Desjardins, Gina. 2011. « Le cellulaire, une laisse ou un symbole de liberté ? ». Radio-Canada. [En ligne] URL : http://blogues.radio-canada.ca/triplex/2011/11/14/cellulaire-laisse-ou-symbole-liberte/. Consulté le 30 septembre 2012.

Laporte, Stéphane. 2011. « La dictature de l’instantanéité ». La Presse. [En ligne] URL : http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/stephane-laporte/201111/12/01-4467174-la-dictature-de-linstanta neite.php. Consulté le 30 septembre 2012.

Wajcman, Judy et all. 2007. « The Impact of the Mobile Phone on Work/Life Balance ». Australian Mobile Telecommunications Association. [En ligne] URL : http://politicsir.cass.anu.edu.au/staff/wajcman/pubs/ Report_on_Mobiles_and_Work_Life_Balance_June_07.pdf. Consulté le 30 septembre 2012.

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