BILLET 3
Téléphonie mobile :
quand les journalistes deviennent accessibles n’importe où et n’importe quand
Lors
de mon tout premier cours de journalisme à l’Université Laval en 2011, notre
enseignant a décrit le cellulaire comme étant l’outil le plus utile du
journaliste. Pourquoi ? Parce qu’en plus de pouvoir filmer, prendre des photos
et transmettre la nouvelle sur les réseaux sociaux, le téléphone mobile permet
surtout d’être disponible 24 heures sur 24…
Un
peu plus tard, ce même enseignant nous a fait visionner un court extrait d’une
entrevue télévisuelle dans lequel on aperçoit une journaliste brésilienne
répondre, en direct, à son cellulaire (Barbosa, 2011 : En ligne, vidéo).
Le
manque d’éthique professionnelle et l’impolitesse ont maintes fois été évoqués
par mes collègues pour qualifier l’attitude de la Brésilienne. J’étais moi-même
en accord avec eux.
Cependant,
après avoir travaillé dans une salle de nouvelles et fait de la pige pour la
radio lors des Jeux olympiques de Londres, mon opinion n’est plus la même. Je
peux désormais imaginer la pression ressentie par cette journaliste. Bien que
je n’oserais jamais répondre à mon téléphone mobile dans un direct, il reste
que les patrons exigent que l’on prenne leurs appels (et dieu sait qu’ils sont
nombreux) même lorsqu’on réalise une entrevue. Peut-être que la Brésilienne en
question attendait un coup de fil important ou bien avait-elle commis une
erreur en ondes et son rédacteur en chef tenait à l’avertir ? On ne le saura
jamais. Mais cet exemple démontre à quel point « le cellulaire est la laisse du
journaliste » (Laporte, 2011 : En ligne, 5e par.).
Gina
Desjardins, journaliste spécialisée en technologie, soutient que si « certains
individus sont dépendants de l’instantanéité du téléphone mobile, d’autres
peuvent très bien attendre au lendemain pour écouter leurs messages »
(2011 : En ligne, 2e par. sous À part l’instantanéité, à quoi
servent les cellulaires ?). Selon moi, il est vrai qu’un citoyen dont le
cellulaire n’est pas un outil de communication important au travail peut
choisir de rappeler plus tard, mais la situation est tout autre pour les
journalistes. Ceux-ci se doivent d’être à l’affût, car s’ils ne décrochent pas
ou ne rappellent pas dans les minutes suivantes, ils devront rendre des comptes
ou encore l’affectation (qui peut se révéler un scoop de temps à autre) sera transmise à un autre journaliste.
En ce sens, le téléphone mobile, malgré toute
l’autonomie qu’il donne aux journalistes, devient davantage un esclavage qu’une
liberté. D’ailleurs, une enquête de l’Australian
Mobile Telecommunications Association a révélé que ceux dont le cellulaire est un outil de travail important souffrent d’un taux de stress deux fois
plus élevé que ceux qui ne s’en servent qu’à des fins personnelles (Wajcman,
2007 : En ligne, 26).
Bibliographie
Barbosa, Rogério. 2011. « TV
News Reporter Answer Cell Phone During Report Live ».
YouTube. [En ligne] URL : http://www.youtube.com/watch?v=NhsyQLtpaCQ.
Consulté le 29 septembre 2012.
Desjardins, Gina. 2011. « Le cellulaire, une laisse ou un
symbole de liberté ? ». Radio-Canada.
[En ligne] URL : http://blogues.radio-canada.ca/triplex/2011/11/14/cellulaire-laisse-ou-symbole-liberte/.
Consulté le 30 septembre 2012.
Laporte, Stéphane. 2011. « La dictature de l’instantanéité
». La Presse. [En ligne] URL : http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/stephane-laporte/201111/12/01-4467174-la-dictature-de-linstanta neite.php. Consulté le 30 septembre 2012.
Wajcman, Judy et all.
2007. « The Impact of the Mobile Phone on Work/Life Balance ». Australian Mobile Telecommunications
Association. [En ligne] URL : http://politicsir.cass.anu.edu.au/staff/wajcman/pubs/ Report_on_Mobiles_and_Work_Life_Balance_June_07.pdf.
Consulté le 30 septembre 2012.
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