dimanche 23 septembre 2012



Billet 2
Attentats du 9/11 : quand la télévision condamne le terrorisme

Au gymnase. Voilà où j’étais le matin fatidique du 11 septembre 2001. Cela fait maintenant un peu plus de 11 ans, mais je m’en souviens comme si c’était hier. Nous accusions un déficit d’un seul but contre l’équipe masculine, lorsque mon enseignant a sifflé l’arrêt du jeu. Les États-Unis d’Amérique, première puissance économique et militaire mondiale, venaient d’être attaqués. Deux avions avaient percuté le World Trade Center, faisant près de 3000 morts (Radio-Canada, 2012 : En ligne, 7e par.). 

Après la récréation, toutes les classes de 6e année se sont dirigées à la cafétéria, où une télévision trônait désormais au milieu des tables à manger. Pendant des heures, nous avons été rivés devant le petit écran, observant les grandes chaînes d’information, telle que CNN (2001 : En ligne, vidéo), diffuser en boucle les images du second crash.


À mon retour à la maison, je n’ai pas lâché la télévision de la soirée. Le cousin français de mon père, ma tante de Vancouver et l’ami péruvien de mon frère avaient tous téléphoné pour savoir si nous avions pu visionner les images des tours jumelles s’écroulant au sol. C’est à cet instant précis que j’ai pris conscience du caractère universel de la télévision.

La fascination des images

Selon Lamy, la fascination que provoquent les images diffusées par les différentes chaînes d’information lors d’une situation d’urgence (dans ce cas-ci de terrorisme) confirme l’universalité de la télévision (2006 : En ligne, 1er par. sous Une télévision omniprésente et omnisciente). Si des millions de citoyens à travers le monde ont laissé la télévision allumée toute la semaine, c’est parce que les évènements de New York « ont radicalisé le rapport de l’image à la réalité » (Baudrillard, 2002 : En ligne, 13e par.). En d’autres termes, la diffusion en boucle de reportages et les nombreuses interventions des correspondants ont permis aux individus de vivre l’événement comme s’ils en avaient été les témoins directs.

La télévision, dans de telles circonstances, est donc considérée par Balle comme un « média universel dominant », faisant ombre à la radio et à la presse écrite qui ne peuvent évoquer, par des mots et des formules judicieusement choisis, des images assez puissantes (2011 : 163).

En terminant, si sa portée était beaucoup plus faible en 2001, le Web possède maintenant, à mon avis, un caractère universel tout aussi puissant, sinon plus, que la télévision. Nombreux sont les sites en ligne où l’on peut désormais assister à une couverture médiatique en direct et revoir les images de l’événement nous intéressant autant de fois que l’on souhaite.



Bibliographie

Balle, Francis. 2011. « Du XIXe au XXe siècle : les médias du son et de l’image ». in Médias et Sociétés. 1re édition 1996. Paris : Montchrestien, pp. 121-167.

Baudrillard, Jean. 2002. « L’esprit du terrorisme ». The European Graduate School. [En ligne] URL : http://www.egs.edu/faculty/jean-baudrillard/articles/lesprit-du-terrorisme/. Consulté le 22 septembre 2012.

CNN News. 2001. « CNN 9/11/01 – World Trade Center Part 2 ». YouTube. [En ligne] URL : http://www.youtube.com/watch?v=OI8uUJNc1F8&feature=relmfu. Consulté le 21 septembre 2012.

Lamy, Aurélia. 2006. « Les spécificités du traitement médiatique dans l’urgence : l’exemple des attentats du 11 septembre 2001 ». in Communication et organisation, no 29, décembre. [En ligne] URL : http://communicationorganisation.revues.org/3386. Consulté le 22 septembre 2012.

Radio-Canada. 2012. « Silences et sobriété, 11 ans plus tard ». [En ligne] URL : http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2012/09/11/002-barack-obama-mitt-romney-elections-sondages-creuse-ecart.shtml. Consulté le 23 septembre 2012.


samedi 15 septembre 2012


Billet 1
La Géorgie de nouveau sous l’emprise russe : un canular qui sème la panique

L’hiver dernier, j’ai eu la chance de terminer mon baccalauréat en journalisme à l’Université d’Édimbourg en Écosse. Parmi les étudiants Erasmus, il y avait une quarantaine d’Allemands, une vingtaine d’Américains, quelques Français, une Québécoise (moi-même en l’occurrence !) et un Géorgien, nommé Simeon Mydzhyn. Lui et moi étions dans le même cours d’Éthique des médias. Cette journée-là, l’enseignante s’est mise à donner des exemples d’effets comiques de canulars médiatiques prenant pour cible monsieur et madame Tout-le-Monde dans la rue. Simeon, d'ordinaire très gêné, a levé brusquement sa main et demandé : et quand est-il des canulars propagandistes qui insufflent la peur et la panique chez tout un peuple ? Je me rappellerai toujours le malaise de Miss Thompson…

Petite récapitulation de ce qui a mené au canular médiatique géorgien

Les relations russo-géorgiennes se sont envenimées en 2003, lors de l’arrivée au pouvoir de Mikheïl Saakachvili, président géorgien « proaméricain » (Da Msoplio, 2008 : En ligne, 1er par.). Voulant reprendre le contrôle de l’Ossétie du Sud, « territoire séparatiste prorusse », Saakachvili lance, le 8 août 2008, une attaque contre les troupes de Dmitri Medvedev (Kostyukov, 2010 : En ligne, 4e par.). Le lendemain, le président russe de l’époque réplique avec force à Tbilissi, la capitale géorgienne. Résultat : une soixantaine de morts, des centaines de milliers de réfugiés géorgiens et la « destruction quasi totale » de Tbilissi et des villages avoisinants (Radio-Canada, 2010 : En ligne, 3e par.). Moscou retire ses troupes après cinq jours, sous menaces de sanctions de l’Union européenne. Néanmoins, les conséquences de cette guerre éclair laissent des séquelles indélébiles chez les Géorgiens (Da Msoplio, 2008 : En ligne, 2e par.).

Deux ans plus tard, le 13 mars 2010, la principale chaîne de télévision géorgienne, Imedi TV, diffuse un faux reportage montrant des images de chars russes envahissant Tbilissi (Al Jazeera English, 2010 : En ligne, vidéo). 

Le chef d’antenne annonce même la mort du président géorgien. Tout porte à croire qu’il s’agit de la réalité, le canular « étant appuyé par de vraies images, tirées de la guerre de l’été 2008 » (Radio-Canada, 2010 : En ligne, 3e par.). Seule une brève mention, aperçue par une minorité, indique qu’il s’agit d’une « simulation » (De Larquier, 2010 : En ligne, 4e par.). Il n’en faut pas plus pour semer la panique chez la population. Les citoyens sortent dans les rues et « un nombre record d’appels d’urgence », notamment pour des évanouissements et des incidents cardiaques, « sont rapportés » (Radio-Canada, 2010 : En ligne, 4e par.). Les Géorgiens n’ont su que quelques heures plus tard qu’il s’agissait d’un canular médiatique.

Propagande et éthique

Aucun suspect n’a été formellement accusé dans cette affaire. L’enquête est toujours en cours. Toutefois, selon des médias locaux et d’autres sources anonymes, le président géorgien aurait lui-même ordonné la réalisation de ce reportage par Imedi TV, chaîne considérée très « progouvernementale » (Kostyukov, 2010 : En ligne, 2e par. sous Ambiguë). Le but aurait été de « discréditer Nino Burjanadze, la chef de l’opposition géorgienne en la montrant complice des actions russes » (Simon, 2010 : En ligne, 2e par. sous À qui profile le hoax géorgien ?). On la voit notamment, dans une entrevue paraphrasée, ordonner à l’armée géorgienne de se mutiner.

S’il n’a été diffusé qu’une seule fois, ce reportage a tout de même provoqué des remous sur toute la planète. Mon ami Simon avait raison : les canulars médiatiques peuvent aussi être utilisés à des fins de propagande. Sa pensée rejoint notamment celle de Gattolin, politologue française, qui soutient que « la prétention à la vérité est l’ultime réussite d’un canular avant son oubli » (2007 : En ligne, 1). Dans ce cas-ci, c’est plutôt réussi pour le responsable de ce faux reportage, car le sentiment de terreur qu'il a suscité ne sera pas oublié de sitôt.

En terminant, je me permets de questionner l’éthique des journalistes d’Imedi TV dans cette affaire. Tel que l’affirme Gattolin, le canular « appartient à la culture médiatique de notre époque, car il suscite et sollicite l’intervention des véhicules massifs de propagation de l’information que sont les outils modernes de communication » (2007 : En ligne, 1). Il reste que les artisans de l’information ont, à mon avis, le devoir moral d’évaluer les conséquences d’un canular aux objectifs propagandistes.

Bibliographie

Al Jazeera English. 2010. « “Russia Invasion” News Stirs Panic in Georgia ». YouTube. [En ligne] URL : http://www.youtube.com/watch?v=0M80zRa_hnI. Consulté le 14 septembre 2012.

Da Msoplio, Sakartvelo. 2008. « Le conflit entre la Russie et la Géorgie ». in Courrier international. [En ligne] URL : http://www.courrierinternational.com/dossier/2008/09/03/ le-conflit-entre-la-russie-et-la-georgie. Consulté le 15 septembre 2012.

De Larquier, Ségolène. 2010. « Tollé après un faux reportage sur une invasion russe ». in Le Point. [En ligne] URL : http://www.lepoint.fr/actualites-monde/2010-03-14/georgie-tolle-apres-un-faux-reportage-sur-une-invasion-russe/924/0/433457. Consulté le 15 septembre 2012.

Gattolin, André. 2007. « Le canular médiatique ». in Médiamorphoses, no 17, novembre. [En ligne] URL : http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/23607/2007_19_45. pdf?sequence=1. Consulté le 14 septembre 2012.

Kostyukov, Dmitry. 2010. « Fausse invasion pour vraie guerre politique ». in Libération. [En ligne] URL : http://www.liberation.fr/monde/0101624805-fausse-invasion-pour-vraie-guerre-politique. Consulté le 14 septembre 2012.

Radio-Canada. 2010. « Un canular entraîne panique et indignation ». [En ligne] URL : http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2010/03/14/005-georgie-canular-russie.shtml. Consulté le 15 septembre 2012.

Simon, Mario. 2010. « La fausse invasion russe de la Géorgie et autres canulars ». in L’Express. [En ligne] URL : http://www.lexpress.fr/actualite/monde/la-fausse-invasion-russe-de-la-georgie-et-autres-canulars_855384.html. Consulté le 15 septembre 2012.

L’impact des technologies de l’information dans le développement de nos sociétés 


9h50, samedi matin. Après avoir téléchargé de nouvelles applications sur mon iPhone 4S, partagé un article intéressant à mes 830 amis Facebook, répondu à Guy A. Lepage sur Twitter et conversé via Skype avec une amie en Espagne, je me rends compte à quel point mon univers immédiat est imprégné par la technologie. J’ose à peine compter mes heures passées sur le Web chaque semaine.

Étudiante à la maîtrise en science politique et communication publique, j’aurai donc la chance, par la création de ce blogue, de poser un regard critique sur les technologies de l’information et de la communication (TIC) tout au long de la session universitaire. Cependant, avant d’analyser certains concepts plus spécifiques du domaine technologique, une question se pose d’emblée : les TIC sont-elles déterminantes dans le développement de nos sociétés ?

Selon moi, les TIC ont un impact considérable dans le développement de nos sociétés, car elles favorisent le brassage des cultures, améliorent la productivité au travail et contribuent à la réussite éducative.

Pour bien comprendre ce que j’entends par brassage des cultures, il faut référer à la recherche en communication. Après avoir observé que 400 ans s’étaient écoulés entre l’invention de l’imprimerie et du télégraphe, 30 ans entre le télégraphe et le téléphone et encore moins entre la radio et la télévision, McLuhan est l’un des premiers à témoigner du phénomène d’accélération dans le développement des TIC (1968 : 111). À partir de ses constats, le sociologue canadien énonce sa théorie du « village global », une civilisation unifiée où tous communiquent de manière instantanée, prophétisant du même coup « l’explosion de l’informatique et du numérique » dans nos sociétés (Wieworka, 1998 : 116). McLuhan en vient alors à parler de déterminisme technologique, théorie selon laquelle les TIC sont à l’origine d’un changement de la nature de la société et non l’inverse (Vandramin et Valenduc, 2007 : En ligne, 2).

À l’ère d’Internet, des réseaux sociaux et de la téléphonie mobile, la théorie de McLuhan se veut toujours d’actualité. En effet, tous les jours, 24h sur 24h, des millions d’internautes, par-delà les frontières, se mobilisent instantanément dans leur « village global », afin d’échanger autour d’enjeux communs, favorisant ainsi le brassage des cultures (Balle, 2009 : 167). Les possibilités de diffusion, de partage des connaissances et d’interaction entre les individus sont désormais illimitées.

L’amélioration de la productivité en entreprise est un autre des impacts déterminants des TIC dans le développement de nos sociétés (Beroud et Kurtaj, 2012 : En ligne, 1er par. sous Prendre conscience). Nombreux sont les métiers dont les TIC constituent un support essentiel : enseignant, banquier, relationniste, journaliste, médecine, police, etc. À titre d’exemple, dans le monde des médias, les nouveaux moyens de communication permettent aux journalistes de livrer la nouvelle plus rapidement que jamais. Ceux qui possèdent un iPhone peuvent à la fois « écrire, faire de la vidéo, prendre des photos, produire du son, transmettre l’information à d’autres et, bien sûr, téléphoner » (Radio-Canada, 2012 : En ligne, 6e par.). Si les TIC, avec l’apparition de l’imprimerie, du télégraphe et du téléphone, ont permis d’« enchaîner plus rapidement les tâches », Internet et le numérique contribuent maintenant  à « combler des besoins précis en fonction de chaque entreprise» (Georis, 2005 : En ligne, 4).

Les TIC ont également un impact très significatif dans le monde de l’éducation. Selon Le Scouarnec, les nouvelles technologies « augmentent le potentiel d’accès à de grandes bases de données et à des outils pédagogiques qui stimulent les étudiants » (2005 : 56). De son côté, Stevens a démontré que plus un pays est ouvert aux « applications innovatrices » des nouveaux médias dans l’apprentissage des langues, meilleurs seront ses étudiants (2007 : En ligne, 2e par. sous Résultats). 

Dans son enquête sur la contribution des TIC dans la réussite éducative des garçons à risque de milieux défavorisés, Karsenti a, quant à elle, observé une amélioration de 20 % des résultats de ceux qui utilisaient l’ordinateur ou la tablette numérique en classe (2006 : En ligne, 92). Enfin, l’an dernier, plusieurs institutions scolaires publiques des États-Unis, la majorité d’entre elles situées à Chicago, ont commencé à utiliser l’Ipad en classe. L’appareil augmenterait les capacités de concentration et favoriserait l’autonomie. Je vous laisse jeter un œil au vidéo (Chicago Public Schools, 2011 : En ligne, vidéo) !


Bibliographie



Balle, Francis. 2009. « De la presse à Internet ». in Médias et sociétés. Paris : Montchrestien, pp. 31-167. 


Beroud, Olivier et Edison Kurtaj. 2012. « L’impact des nouvelles technologies dans la société actuelle ». OWL. [En ligne] URL : http://owl-spip.ch/spip.php?article3139.  Consulté le 15 septembre 2012.


Chicago Public Schools. 2011. « Apple Education Learning With Ipad ». SchoolTube. [En ligne] URL : http://www.youtube.com/watch?v=24R1QJAXL4s. Consulté le 14 septembre 2012.


Georis, Pierre. 2005. « Nouvelles technologies et société ». FTU-Namur. [En ligne] URL : http://www.ftu.be/documents/ep/EP-TICetsociete.pdf.  Consulté le 13 septembre 2012.


Karsenti, Thierry. 2006. « L’impact des technologies de l’information et de la communication (TIC) sur la réussite éducative des garçons à risque de milieux défavorisés ». FQRSC. [En ligne] URL : http://www.fqrsc.gouv.qc.ca/upload/editeur/RF-Karsenti.pdf. Consulté le 13 septembre 2012.

Le Scouarnec, François-Pierre. 2005. « Regard critique sur les nouvelles technologies de l’information et de l’éducation dans la francophonie ». Éducation et francophonie, vol. 2, no 23, pp. 55-62.

McLuhan, Marshall. 1968. « Les routes et les empires de papier ». in Pour comprendre les médias. Les prolongements technologiques de l’homme. Montréal : Éditions Hurtubise HMH Ltée. (Première édition : 1964), pp. 110-126.

Radio-Canada. 2012. « La technologie au service des citoyens de la Rive-Nord et de la Rive-Sud de Montréal ». [En ligne] URL : http://servicesfrancais.radio-canada.ca/communique-et-annonce/annonces/la-technologie-au-service-des-citoyens-de-la-rive-nord-et-de-la-rive-sud-de-montreal/. Consulté le 13 septembre 2012.

Stevens, Anne. 2007. « Étude sur l’impact des technologies de l’information et de la communication (TIC) et des nouveaux médias sur l’apprentissage des langues ». EACEA. [En ligne] URL : http://eacea.ec.europa.eu/llp/studies/document/studyimpact_ict_new_media_language_learning/final_report_fr.pdf. Consulté le 13 septembre 2012.

Vandramin, Patricia et Gérard Valenduc. 2007. « Technologie et société, destins croisés ». FTU Namur. [En ligne] URL : http://www.ftu-namur.org/fichiers/Emerit42.pdf . Consulté le 14 septembre 2012.

Wieworka, Michel. 1998. « L’influence des médias ». in Le racisme, une introduction. Paris : Éditions La Découverte, pp. 113-131.