jeudi 29 novembre 2012


ESSAI 2
Le téléphone intelligent, outil incontournable des professionnels de la communication


Dans son essai 1, ma collègue Laurianne Lapierre démontre que la possession d’un téléphone intelligent est en constante progression chez les professionnels de la communication (2012). Selon Lapierre, l’utilisation d’un téléphone intelligent se révèle particulièrement utile du point de vue des publicitaires, le iPhone, Blackberry et Android offrant à ces derniers la possibilité de « joindre directement leur clientèle » (2012 : 1er par. sous Les charmes du téléphone intelligent ). En effet, grâce aux logiciels de géolocalisation tels que Foursquare, disponibles uniquement pour les propriétaires de téléphones intelligents, les publicitaires peuvent savoir, en temps réel, à quel endroit et avec quelles personnes se trouve tel ou tel consommateur. Ainsi, « lorsqu’une personne signale sur Foursquare qu’elle entre dans une boutique, les publicitaires peuvent lui envoyer un avis pour lui dire, par exemple, qu’il a droit à un rabais instantané » (Lapierre, 2012 : 1er par. sous Les charmes du téléphone intelligent). Les efforts publicitaires se retrouvent donc, pour la première fois et à peu de frais, concentrés au bon endroit et au bon moment, alors que pendant des années, les grandes compagnies ont investi des milliards à essayer de dresser le portrait et de déceler les habitudes de consommation des citoyens.

Néanmoins, l’usage d’un téléphone intelligent peut jouer en la défaveur des publicitaires. « Comme le iPhone, Blackberry et Android permettent de « produire et de diffuser du contenu sur le Web n’importe où et n’importe quand », un utilisateur venant de trouver un élément indésirable dans le produit qu’il vient d’acheter ou simplement mécontent du service offert par une compagnie peut faire part de ses commentaires sur les réseaux sociaux et ainsi porter atteinte et possiblement ruiner en quelques instants la crédibilité d’une organisation (Lapierre, 2012).

Le téléphone intelligent comme instrument journalistique

Comme pour les publicitaires, le téléphone intelligent représente un outil incontournable pour les journalistes. Ces derniers ne s’en servent toutefois pas de la même manière, ni aux mêmes fins. En effet, les journalistes, au contraire des publicitaires qui utilisent leur iPhone, Blackberry ou Android pour promouvoir un produit ou une entreprise, profitent plutôt des possibilités multiples qu’offrent les téléphones intelligents pour mieux informer les citoyens sur les réalités et les enjeux qui les touchent.

Les avantages

Devant un public qui n’est plus le même qu’autrefois, du fait qu’il consomme l’information non plus principalement par la télévision et la radio, mais bien par Internet, les téléphones intelligents, et en particulier l’iPhone, sont devenus « les irremplaçables couteaux suisses du journaliste » (Mentre, 2012 : 1). Grâce au iPhone, Blackberry et Android, les journalistes peuvent dorénavant informer les citoyens de manière instantanée, que ce soit en publiant une nouvelle de dernière heure sur les réseaux sociaux ou encore en faisant circuler un vidéo d’une manifestation improvisée qu’ils viennent de filmer dans telle ou telle ville (Hervouet, 2010). Malgré leur petite taille, les téléphones intelligents offrent en effet les mêmes options qu’un ordinateur, soit un appareil photo, une caméra vidéo, un logiciel de traitement de texte et un enregistreur numérique (Ternisien, 2011).


Selon Scherer (2011), les iPhone, Blackberry et Android peuvent même remplacer les salles de montage ou les camions de direct de la télévision lorsqu’on télécharge les applications nécessaires. À titre d’exemple, le logiciel de montage vidéo iMovie conçu par Apple permet de capter, avec une qualité professionnelle, à la fois le son, l’image et le texte d’un contenu multimédia, « mais aussi de l’éditer et de le publier sur Internet, tout cela d’une manière plus intuitive que sur un ordinateur, puisque sur un écran de iPhone tout se pilote au doigt » (Mentre, 2012 : 1). La photo ci-dessous illustre le genre de montages qu’un journaliste peut faire grâce à iMovie (Marshall, 2012).



Si les téléphones intelligents disposent généralement d’une caméra vidéo et d’un appareil photo de base de bonne qualité, il est néanmoins possible pour les journalistes de se procurer un casque et un micro pour le son afin de transformer leur iPhone, Blackberry ou Android en véritable studio de radio et de télévision, comme le démontre la photo ci-contre (Scherer, 2011).

 
Les téléphones intelligents permettent donc aux journalistes de produire du contenu visuel de qualité, sans être obligés de traîner avec eux leur caméra ou leur appareil photo. Ainsi, comme ils ne sont encombrés que de leur iPhone, les journalistes gagnent du temps pour chercher l’information et/ou pour la transmettre (Dumont, 2008). Selon Gabriel (2012), certains journalistes ont même préféré abandonner indéfiniment le matériel habituel pour se concentrer uniquement sur ces outils multifonctions. Tel que le démontre le vidéo ci-dessous, les nombreuses applications vidéo du iPhone, conçues spécifiquement pour les journalistes, ont forcé de nombreuses rédactions, autant du côté de la télévision que de la presse écrite, à équiper leurs journalistes de téléphones intelligents pour qu’ils puissent commenter l’actualité en temps réel en plus de contribuer et participer au débat public (Davis, 2011).


Le iPhone, le Blackberry et l’Android n’ont pas la vocation de remplacer tous les anciens appareils photos et vidéos toujours plus performants, pour le moment, en terme d’image et de prise de son, « mais leur incroyable facilité d’usage, le peu d’espace qu’ils prennent, la constante amélioration de leurs capteurs et l’avantage de pouvoir publier le contenu visuel directement sur Internet » en font un outil extrêmement pratique et utile, à un coût minime, pour les journalistes (Bougaud, 2010 : 8).

Parmi les autres avantages qu’offre le téléphone intelligent pour les journalistes, Scherer (2011) note que la capacité du iPhone, Blackberry ou Android à fournir instantanément des informations au public accroît la crédibilité des journalistes en tant que fournisseurs d’actualités. En effet, lorsque les journalistes sur le terrain dénichent une information exclusive, ils n’ont pas à attendre d’être de retour à la station pour communiquer la nouvelle au public. Ils le font plutôt à l’instant même sur leur téléphone intelligent via les réseaux sociaux ou le site Web de la salle de rédaction pour laquelle ils travaillent. Grâce à cette plus grande interaction, le rapport des journalistes avec le public devient plus étroit. De plus, comme le téléphone intelligent permet un transfert et une réception plus rapide d’informations qu’aucun autre appareil sur le marché, les journalistes peuvent répondre en temps réel aux citoyens ayant commenté leur dernier article ou vidéo (Desjardins, 2011).

Bref, les téléphones intelligents ont fait naître un nouveau type de journalisme, qualifié d’« interactif » et de « multiplateforme », où les artisans de l’information produisent à la fois texte, photo, vidéo et son à partir « d’un tout petit appareil mobile » (Scherer, 2011 : 8). Grâce à leur iPhone, Blackberry ou Android, les journalistes ont à la fois un clavier, un appareil photo, un studio radio et une salle de montage télévisuel dans leur poche. En étant davantage sur le terrain, ils racontent le monde différemment, enrichissent davantage le débat public autour des questions d’actualité et tissent des liens étroits avec leur public, contrairement aux publicitaires qui utilisent le téléphone intelligent en tant qu’outil de marketing.

Contre-exemple : couvrir l’ouragan Sandy avec un téléphone intelligent

Selon Sonderman (2012), le meilleur exemple pour illustrer les avantages qu’offre l’utilisation d’un téléphone intelligent chez les journalistes est la couverture réalisée par l’équipe d’ABC News lors du passage de l’ouragan Sandy au début novembre. En effet, lors de la soirée où Sandy s’est abattue sur la côte est américaine, trois journalistes de cette chaîne de télévision new-yorkaise attendaient leurs caméramans à Staten Island, située à quelques kilomètres de Manhattan, pour couvrir l’événement en direct (Collard, 2012). Toutefois, en raison de la force du vent et des pluies diluviennes, le pont reliant Manhattan à Staten Island a été fermé et les caméramans n’ont jamais pu rejoindre leur équipe.

L’absence des caméramans n’a cependant pas empêché les journalistes de faire leur travail, car ils avaient tous en leur possession leur téléphone intelligent. Ainsi, l’un d’entre eux qui avait pris soin d’emporter un trépied et un micro spécialement conçus pour le iPhone a pu réaliser des entrevues avec les citoyens ayant décidé de ne pas évacuer les lieux, filmer les dégâts, relayer au public les informations de dernière heure via les réseaux sociaux et faire plusieurs interventions en direct à la télévision (Sonderman, 2012). Certes, la qualité sonore et visuelle n’était pas aussi performante que celle d’une caméra professionnelle, mais il demeure qu’ABC News a été la seule station de télévision américaine à diffuser des images exclusives des dommages causés par Sandy à Staten Island. Privés de tout support technique, les journalistes d’ABC News ont d’ailleurs fait le montage eux-mêmes, en pleine tempête, grâce à l’application iMovie (Collard, 2012).

D’autres journalistes, dispersés un peu partout à New York lors du passage de Sandy, ont également dû composer avec l’absence de soutien technique. C’est le cas de Ben Lowy du Times Magazine, dont le photographe n’a jamais réussi à le rejoindre. Le journaliste a tout de même décidé de prendre quelques photos avec son iPhone, via l’application Hipstamatic. Le lendemain, sa photo, qu’on peut voir ci-dessous, s’est retrouvée sur la Une du Times Magazine, une première nord-américaine pour une image captée avec un téléphone intelligent (Stern, 2012).


Quelques instants après avoir pris cette photo, Ben Lowy a décidé de la publier sur Twitter. Des millions d’internautes y ont eu accès instantanément et plus de 2500 d’entre eux l’ont retweetée. Ces deux exemples démontrent donc à quel point le téléphone intelligent permet de pratiquer un journalisme interactif et multiplateforme. En échangeant directement avec leur public via leur iPhone, Blackberry ou Android, les journalistes contribuent davantage au débat public (Sonderman, 2012).

Conclusion

Avant l’arrivée des téléphones intelligents sur le marché, les médias étaient fréquemment accusés de contrôler l’information, c’est-à-dire de manipuler l’opinion publique par une mise en forme volontaire de l’actualité (Brin, 2011). Selon Gingras, l’influence des médias était majeure, « parce qu’ils déterminaient le contenu des nouvelles et constituaient la lentille à travers laquelle les citoyens forgeaient leur savoir, leur compréhension du monde et leurs convictions » (Gingras, 2009 : 19). Aujourd’hui, en raison de l’entrée en scène du iPhone, Blackberry et Android, la situation est tout autre. En effet, à l’instar des journalistes, les citoyens aussi possèdent des téléphones intelligents et à l’aide de ces outils multifonctions, ils sont capables de valider plus facilement, notamment via Internet et les réseaux sociaux, l’information véhiculée par les journalistes (Laporte, 2011). Grâce à leur iPhone, Blackberry ou Android, les citoyens ont maintenant des yeux partout. Le contrôle de l’information, même s’il ne s’efface pas, tend ainsi à s’estomper (Gingras, 2009).


Selon Ramonet, « les citoyens, ayant cessé d’être passifs et ne se contentant plus de recevoir des nouvelles préparées et emballées par d’autres, souhaitent dorénavant eux aussi produire du contenu journalistique » (2011 : 18). Depuis quelques années, on assiste en effet à la montée en puissance de l’amateur dans le domaine de l’information. À tel point, qu’il est de plus en plus difficile de différencier le journalisme citoyen du journalisme professionnel (Gingras, 2009). Équipés de leur téléphone intelligent, les citoyens filment des bagarres dans les rues, commentent l’actualité sur les réseaux sociaux ou encore dénoncent ouvertement les erreurs factuelles commises par les journalistes. Bref, le téléphone intelligent a peut-être permis aux journalistes d’être connectés en permanence et de se rapprocher de leur public, mais face à des citoyens avertis et créateurs de contenus, ils devront faire prendre bien soin de valider leurs informations avant de les publier, la moindre erreur pouvant être repérée en une fraction de seconde par des milliers de personnes et porter atteinte à leur crédibilité.  

Bibliographie

Bougaud, Johanne. 2010. « Impact du nouveau contexte technologique dans la production et la diffusion de l’information ». Groupe de travail sur le journalisme et l’avenir de l’information au Québec. [En ligne] URL  : http://www.etatdelinfo.qc.ca/sites/etatdelinfo.qc.ca/files/attaches/etude_j_bougaud.pdf. Consulté le 22 novembre 2012.

Brin, Colette. 2011. « La taverne Twitter, le salon Facebook et la vraie vie ». Université Laval. [En ligne] URL : http://www.blogues.ulaval.ca/colette-brin/la-taverne-twitter-le-salon-facebook-et-la-vraie-vie-2/. Consulté le 22 novembre 2012.

Collard, Nathalie. 2012. « Sandy, un bon coup pour Instagram ». La Presse. [En ligne] URL : http://www.lapresse.ca/arts/medias/201210/31/01-4588855-sandy-un-bon-coup-pour-instagram.php. Consulté le 23 novembre 2012.

Davis, Clare. 2011. « Top Best iPhone Apps for Journalists ». YouTube. [En ligne] URL : http://www.youtube.com/ watch?v=HwXP2fUVR-c. Consulté le 23 novembre 2012.

Desjardins, Gina. 2011. « Le cellulaire, une laisse ou un symbole de liberté ? ». Radio-Canada. [En ligne] URL : http://blogues.radio-canada.ca/triplex/2011/11/14/cellulaire-laisse-ou-symbole-liberte/. Consulté le 23 novembre 2012.

Dumont, Monique. 2008. « Qu’est-ce qu’un journaliste ? ». Fédération professionnelle des journalistes du Québec. [En ligne] URL : http://le30.org/fileadmin/FPJQ/pdf/08-06_Recherche_statut.pdf. Consulté le 23 novembre 2012.

Gabriel, Guillaume. 2012. « L’iPhone et le journalisme, la paire parfaite ? ». Le Monde. [En ligne] URL : http://www.lemonde.fr/iphone3gsystem.fr/52582/liphone-et-le-journalisme-la-paire-parfaite/. Consulté le 23 novembre 2012.

Gingras, Anne-Marie. 2009. Médias et démocratie : le grand malentendu. Québec : Presses de l’Université Laval, 290 p.

Hervouet, Loïc. 2010. « Les journalistes saisis par Internet : usages et précautions d’usage ». Les Cahiers du journalisme, no 7, pp. 98-107.

Lapierre, Laurianne. 2012. « Le téléphone intelligent, la technologie tout-en-un ! ». WordPress. [En ligne] URL : http://blogtechnocomdotcom.wordpress.com/2012/10/14/le-telephone-intelligent-la-technologie-tout-en-un/. Consulté le 23 novembre 2012.

Laporte, Stéphane. 2011. « La dictature de l’instantanéité ». La Presse. [En ligne] URL : http://www. lapresse.ca/debats/chroniques/stephane-laporte/201111/12/01-4467174-la-dictature-delinstantaneite.php. Consulté le 22 novembre 2012.

Marshall, Sara. 2012. « 15 iPhone Apps for Journalists ». The Media Huddle. [En ligne] URL : http://www.themediahuddle.com/wp/2012/10/24/15-iphone-apps-for-journalists/. Consulté le 23 novembre 2012.

Mentre, Marc. 2012. « Le iPhone, meilleur ami du reporter ? ». École supérieure de journalisme de Lille. [En ligne] URL : http://www.themediatrend.com/wordpress/2011/10/03/le-meilleur-ami-du-reporter/. Consulté le 23 novembre 2012.

Ramonet, Ignacio. 2011. L’Explosion du journalisme. Paris : Galilée, 154 p.

Scherer, Éric. 2011. « A-t-on encore besoin des journalistes ? – Manifeste pour un journalisme augmenté ». Les Échos. [En ligne] URL : http://lecercle.lesechos.fr/livres/bonnes-feuilles/221134912/a-t-on-encore-besoin-journalistes-manifeste-journalisme-augmente-de.  Consulté le 22 novembre 2012.

Sonderman, Jeff. 2012. « 5 Creative Ways Journalists Are Covering Hurricane Sandy ». City University School of New York. [En ligne] URL : http://www.poynter.org/latest-news/mediawire/193369/5-creative-ways-journalists-are-covering-hurricane-sandy-online/. Consulté le 22 novembre 2012.

Stern, Joanna. 2012. « iPhone Photo of Hurricane Sandy Makes the Cover of Time ». ABC News. [En ligne] URL : .http://abcnews.go.com/blogs/technology/2012/11/iphone-photo-of-hurricane-sandy-makes-the-cover-of-time/. Consulté le 22 novembre 2012.

Ternisien, Xavier. 2011. « L’Internet a bouleversé les conditions de travail des journalistes ». Le Monde. [En ligne] URL : http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2011/06/08/l-internet-a-bouleverse-les-conditions-de-travail-des-journalistes_1533689_3236.html. Consulté le 23 novembre 2012.

lundi 19 novembre 2012


BILLET 5
Le Printemps arabe et l’émergence du journalisme citoyen sur le Web

Les évènements du Printemps arabe ont attisé la méfiance et parfois la haine de millions d’habitants de cette région du monde envers les différents médias locaux, la plupart du temps contrôlés par les gouvernements en place. Ainsi, de nombreuses plateformes de journalisme citoyen ont vu le jour « pour servir de contrepoids aux dérives de l’information » (Dumais, 2003 : 9). Mamfakinch.com en est un exemple. Alimenté par des « blogueurs et des activitistes », ce site Web marocain est né au lendemain de la manifestation du 20 février 2011 à Casablanca, où près de 40 000 personnes s’étaient rassemblées (Akalay, 2012 : En ligne, 1er par.). Son mandat : relayer des photos, articles et reportages télévisuels sur tout ce qui touche les soulèvements populaires au Maroc et ailleurs en Afrique du Nord.

Le site Web est d’ailleurs le seul média indépendant du Maghreb offrant ses publications en trois langues, soit l’arabe, l’anglais et le français (Gourdon, 2012 : En ligne, 1er par.).

PHOTO (Mamfakinch.com, capture d’écran prise le 16 novembre 2012)

Presque deux ans plus tard, la popularité de Mamfakinch.com ne s’essouffle pas. Au contraire, avec la guerre civile en Syrie et les violences entourant la sortie du film L’innocence des musulmans, sa place sur l’échiquier politique est plus importante que jamais (Akalay, 2012 : En ligne, 2e par.).

De simple relayeur d’information à ses débuts, le site Web suscite maintenant débats et analyses sur l’actualité internationale. Près de 400 000 internautes visitent le site Web chaque jour, soit deux fois plus que les chaînes privées appartenant au gouvernement (Gourdon, 2012 : En ligne, 3e par.). Pour chaque nouvelle d’ampleur, « les membres du site organisent des live blogs, nourris par des correspondants dans tout le pays, qui peuvent atteindre des pics de fréquentation à 150 000 visiteurs uniques » (Akalay, 2012 : En ligne, 1er par. sous Plus qu’un relais).

En terminant, si Mamfakinch.com ne bénéficie pas du même budget que les grandes chaînes d’information, il demeure, par sa volonté de partager la nouvelle et de créer un espace interactif, « un puissant acteur du débat public marocain » (Haschke, 2012 : 2).

Bibliographie

Akalay, Aïcha. 2012. « Mamfakinch : Arme de communication massive ». TelQuel. [En ligne] URL : http://www.telquel-online.com/archives/479/mag1_479.shtml. Consulté le 19 novembre 2012.

Dumais, Michel. 2003. « Technologie : À propos du journalisme citoyen ». Le Devoir, lundi, 11 août, p.9.

Gourdon, Célie. 2012. « Le journalisme citoyen sur la toile arabe: l’exemple de Mamfakinch.com ». Horizons médiatiques. [En ligne] URL : http://horizonsmediatiques.wordpress.com/2012/01/30/le-journalisme-citoyen-sur-la-toile-arabe-lexemple-de-mamfakinch-com/. Consulté le 17 novembre 2012.

Haschke, Paloma. 2012. « La scène médiatique au Moyen-Orient à la lumière du Printemps arabe ». CERI-SciencesPo. [En ligne] URL :  http://www.ceri-sciences-po.org/archive/2012/mars/art_phasc.pdf. Consulté le 16 novembre 2012.

Mamfakinch. 2012. « Moroccan Leading Citizen Media Portal ». [En ligne] URL : https://www.mamfakinch.com/. Consulté le 18 novembre 2012.

lundi 15 octobre 2012


BILLET 4
Peut-on faire confiance à Wikipédia ?

Libre, gratuite et participative. Tels sont les fondements de base de l’encyclopédie en ligne Wikipédia (Lapointe et Drouin, 2007, 93). Je ne me souviens pas d’avoir déjà cité cette encyclopédie dans un travail scolaire, ni non plus collaboré à l’édition de certains de ses articles, mes professeurs du secondaire, CÉGEP et université m’ayant toujours interdit de faire confiance à une publication « dépourvue d’un comité de lecture et laissant à tout un chacun rédiger et modifier des articles existants à sa guise » (Vandendorpe : 2008 : 18). Cependant, lorsqu’un collègue me pose une question à laquelle je ne peux répondre, ma première réaction est de consulter Wikipédia parce que c’est simple et surtout très rapide. En quelle année le président américain Richard Nixon a-t-il démissionné ? Facile ! 1974. Un seul clic dans Google fait immédiatement apparaître le ou les articles dédiés au sujet par l’encyclopédie. Temps de réponse : huit secondes.

En 2008, Survey Nation a interrogé une centaine de jeunes dans la rue afin d’avoir une idée du niveau de confiance accordé à Wikipédia (2008 : En ligne, vidéo). La majorité d’entre eux était du même avis que moi : l’encyclopédie en ligne est à bannir pour les travaux universitaires, mais se veut un outil très utile quelque soit notre interrogation.


Wikipédia vs Britannica

En dépit de ses faiblesses, l’information est-elle oui ou non véridique sur Wikipédia ?

La revue Nature a fait une étude comparée de 42 sujets traités à la fois par Wikipédia et l’Encyclopedia Britannica. Les experts n’avaient aucune idée de la provenance des articles évalués. Au total, « only eight serious errors, such as misinterprations of important concepts, were detected in the pairs of articles reviewed, four from each encyclopedia » (Giles, 2005 : 901). Au niveau des erreurs de moindre importante, telle que l’omission, Wikipedia en totalise 162 contre 123 pour Britannica (Giles, 2005 : 901). Les résultats de Nature en ont étonné plus d’un.

Selon Melanson, même si l’encyclopédie en ligne attire plus de 500 millions de visiteurs par mois, dont près de 70 % de la communauté scientifique mondiale, les contaminations existent dans les articles et elles sont nombreuses (Melanson, 2012 : En ligne, 7e par.). Comme il y absence de comité de lecture, il faut consulter les références citées dans le texte pour s’assurer de l’exactitude des résultats.

Le cas Philip Roth

À la mi-septembre, une lettre ouverte de Philip Roth dans le New Yorker a entaché, une fois de plus, la réputation de Wikipédia (2012 : En ligne, photo).


À la fin du mois d’août, tentant d’apporter une correction sur sa propre biographie, l’auteur américain « s’est vu répondre qu’il n’était pas une source crédible sur… lui même » (Haski, 2012 : En ligne, 1er par.). Ce n’est qu’après la publication de la lettre ouverte que l’information a été corrigée. Cet exemple démontre que Wikipédia et vérité ne font pas nécessairement bon ménage. Loin de moi l’idée d’inciter les gens à ne plus consulter cette encyclopédie en ligne, mais il faut le faire en exerçant un jugement critique sur nos lectures et en allant valider les informations ailleurs.

Bibliographie

Giles, Jim. 2005. « Internet Encyclopaedias Go Head to Head ». Nature, vol. 438, no 15, décembre, pp. 900-901. [En ligne] URL : http://www.nature.com/nature/journal/v438/n7070/full/438900a.html

Haski, Pierre. 2012. « Wikipédia à Philip Roth : “Vous n’êtes pas une source crédible sur vous-même” ». Rue89. [En ligne] URL : http://www.rue89.com/rue89-culture/2012/09/11/wikipedia-philip-roth-vous-netes-pas-une-source-credible-sur-vous-meme. Consulté le 13 octobre 2012.

Lapointe, Pascal et Josée Nadia Drouin. 2007. « Le cas Wikipédia ». in Science, on blogue ! Le nouveau monde d’Internet. Québec : Éditions MultiMonde, pp. 93-99.

Melanson, Mike. 2012. « Wikipedia’s Goal : 1 Billion Monthly Visitors by 2015 ». ReadWriteWeb. [En ligne] URL : http://www.readwriteweb.com/archives/wikipedias_goal_1_billion_monthly_visitors_by_2015.php. Consulté le 14 octobre 2012.



Roth, Philip. 2012. « An Open Letter to Wikipedia ». The New Yorker. [En ligne] URL : http://www.rue89.com/rue89-culture/2012/09/11/wikipedia-philip-roth-vous-netes-pas-une-source-credible-sur-vous-meme. Consulté le 14 octobre 2012.



Survey Nation. 2008. « Do You Trust the Information on Wikipedia ? ». YouTube. [En ligne] URL : http://www.youtube.com/watch?v=_8yKNJCTck4. Consulté le 13 octobre 2012.



Vandendorpe, Christian. 2008. « Le phénomène Wikipédia : une utopie en marche ». Le Débat, no 148, janvier-février, pp. 17-30. [En ligne] URL : https://www.ruor.uottawa.ca/xmlui/bitstream/handle/10393/12823/ wikipedia.html?sequence=2. Consulté le 14 octobre 2012.