jeudi 29 novembre 2012


ESSAI 2
Le téléphone intelligent, outil incontournable des professionnels de la communication


Dans son essai 1, ma collègue Laurianne Lapierre démontre que la possession d’un téléphone intelligent est en constante progression chez les professionnels de la communication (2012). Selon Lapierre, l’utilisation d’un téléphone intelligent se révèle particulièrement utile du point de vue des publicitaires, le iPhone, Blackberry et Android offrant à ces derniers la possibilité de « joindre directement leur clientèle » (2012 : 1er par. sous Les charmes du téléphone intelligent ). En effet, grâce aux logiciels de géolocalisation tels que Foursquare, disponibles uniquement pour les propriétaires de téléphones intelligents, les publicitaires peuvent savoir, en temps réel, à quel endroit et avec quelles personnes se trouve tel ou tel consommateur. Ainsi, « lorsqu’une personne signale sur Foursquare qu’elle entre dans une boutique, les publicitaires peuvent lui envoyer un avis pour lui dire, par exemple, qu’il a droit à un rabais instantané » (Lapierre, 2012 : 1er par. sous Les charmes du téléphone intelligent). Les efforts publicitaires se retrouvent donc, pour la première fois et à peu de frais, concentrés au bon endroit et au bon moment, alors que pendant des années, les grandes compagnies ont investi des milliards à essayer de dresser le portrait et de déceler les habitudes de consommation des citoyens.

Néanmoins, l’usage d’un téléphone intelligent peut jouer en la défaveur des publicitaires. « Comme le iPhone, Blackberry et Android permettent de « produire et de diffuser du contenu sur le Web n’importe où et n’importe quand », un utilisateur venant de trouver un élément indésirable dans le produit qu’il vient d’acheter ou simplement mécontent du service offert par une compagnie peut faire part de ses commentaires sur les réseaux sociaux et ainsi porter atteinte et possiblement ruiner en quelques instants la crédibilité d’une organisation (Lapierre, 2012).

Le téléphone intelligent comme instrument journalistique

Comme pour les publicitaires, le téléphone intelligent représente un outil incontournable pour les journalistes. Ces derniers ne s’en servent toutefois pas de la même manière, ni aux mêmes fins. En effet, les journalistes, au contraire des publicitaires qui utilisent leur iPhone, Blackberry ou Android pour promouvoir un produit ou une entreprise, profitent plutôt des possibilités multiples qu’offrent les téléphones intelligents pour mieux informer les citoyens sur les réalités et les enjeux qui les touchent.

Les avantages

Devant un public qui n’est plus le même qu’autrefois, du fait qu’il consomme l’information non plus principalement par la télévision et la radio, mais bien par Internet, les téléphones intelligents, et en particulier l’iPhone, sont devenus « les irremplaçables couteaux suisses du journaliste » (Mentre, 2012 : 1). Grâce au iPhone, Blackberry et Android, les journalistes peuvent dorénavant informer les citoyens de manière instantanée, que ce soit en publiant une nouvelle de dernière heure sur les réseaux sociaux ou encore en faisant circuler un vidéo d’une manifestation improvisée qu’ils viennent de filmer dans telle ou telle ville (Hervouet, 2010). Malgré leur petite taille, les téléphones intelligents offrent en effet les mêmes options qu’un ordinateur, soit un appareil photo, une caméra vidéo, un logiciel de traitement de texte et un enregistreur numérique (Ternisien, 2011).


Selon Scherer (2011), les iPhone, Blackberry et Android peuvent même remplacer les salles de montage ou les camions de direct de la télévision lorsqu’on télécharge les applications nécessaires. À titre d’exemple, le logiciel de montage vidéo iMovie conçu par Apple permet de capter, avec une qualité professionnelle, à la fois le son, l’image et le texte d’un contenu multimédia, « mais aussi de l’éditer et de le publier sur Internet, tout cela d’une manière plus intuitive que sur un ordinateur, puisque sur un écran de iPhone tout se pilote au doigt » (Mentre, 2012 : 1). La photo ci-dessous illustre le genre de montages qu’un journaliste peut faire grâce à iMovie (Marshall, 2012).



Si les téléphones intelligents disposent généralement d’une caméra vidéo et d’un appareil photo de base de bonne qualité, il est néanmoins possible pour les journalistes de se procurer un casque et un micro pour le son afin de transformer leur iPhone, Blackberry ou Android en véritable studio de radio et de télévision, comme le démontre la photo ci-contre (Scherer, 2011).

 
Les téléphones intelligents permettent donc aux journalistes de produire du contenu visuel de qualité, sans être obligés de traîner avec eux leur caméra ou leur appareil photo. Ainsi, comme ils ne sont encombrés que de leur iPhone, les journalistes gagnent du temps pour chercher l’information et/ou pour la transmettre (Dumont, 2008). Selon Gabriel (2012), certains journalistes ont même préféré abandonner indéfiniment le matériel habituel pour se concentrer uniquement sur ces outils multifonctions. Tel que le démontre le vidéo ci-dessous, les nombreuses applications vidéo du iPhone, conçues spécifiquement pour les journalistes, ont forcé de nombreuses rédactions, autant du côté de la télévision que de la presse écrite, à équiper leurs journalistes de téléphones intelligents pour qu’ils puissent commenter l’actualité en temps réel en plus de contribuer et participer au débat public (Davis, 2011).


Le iPhone, le Blackberry et l’Android n’ont pas la vocation de remplacer tous les anciens appareils photos et vidéos toujours plus performants, pour le moment, en terme d’image et de prise de son, « mais leur incroyable facilité d’usage, le peu d’espace qu’ils prennent, la constante amélioration de leurs capteurs et l’avantage de pouvoir publier le contenu visuel directement sur Internet » en font un outil extrêmement pratique et utile, à un coût minime, pour les journalistes (Bougaud, 2010 : 8).

Parmi les autres avantages qu’offre le téléphone intelligent pour les journalistes, Scherer (2011) note que la capacité du iPhone, Blackberry ou Android à fournir instantanément des informations au public accroît la crédibilité des journalistes en tant que fournisseurs d’actualités. En effet, lorsque les journalistes sur le terrain dénichent une information exclusive, ils n’ont pas à attendre d’être de retour à la station pour communiquer la nouvelle au public. Ils le font plutôt à l’instant même sur leur téléphone intelligent via les réseaux sociaux ou le site Web de la salle de rédaction pour laquelle ils travaillent. Grâce à cette plus grande interaction, le rapport des journalistes avec le public devient plus étroit. De plus, comme le téléphone intelligent permet un transfert et une réception plus rapide d’informations qu’aucun autre appareil sur le marché, les journalistes peuvent répondre en temps réel aux citoyens ayant commenté leur dernier article ou vidéo (Desjardins, 2011).

Bref, les téléphones intelligents ont fait naître un nouveau type de journalisme, qualifié d’« interactif » et de « multiplateforme », où les artisans de l’information produisent à la fois texte, photo, vidéo et son à partir « d’un tout petit appareil mobile » (Scherer, 2011 : 8). Grâce à leur iPhone, Blackberry ou Android, les journalistes ont à la fois un clavier, un appareil photo, un studio radio et une salle de montage télévisuel dans leur poche. En étant davantage sur le terrain, ils racontent le monde différemment, enrichissent davantage le débat public autour des questions d’actualité et tissent des liens étroits avec leur public, contrairement aux publicitaires qui utilisent le téléphone intelligent en tant qu’outil de marketing.

Contre-exemple : couvrir l’ouragan Sandy avec un téléphone intelligent

Selon Sonderman (2012), le meilleur exemple pour illustrer les avantages qu’offre l’utilisation d’un téléphone intelligent chez les journalistes est la couverture réalisée par l’équipe d’ABC News lors du passage de l’ouragan Sandy au début novembre. En effet, lors de la soirée où Sandy s’est abattue sur la côte est américaine, trois journalistes de cette chaîne de télévision new-yorkaise attendaient leurs caméramans à Staten Island, située à quelques kilomètres de Manhattan, pour couvrir l’événement en direct (Collard, 2012). Toutefois, en raison de la force du vent et des pluies diluviennes, le pont reliant Manhattan à Staten Island a été fermé et les caméramans n’ont jamais pu rejoindre leur équipe.

L’absence des caméramans n’a cependant pas empêché les journalistes de faire leur travail, car ils avaient tous en leur possession leur téléphone intelligent. Ainsi, l’un d’entre eux qui avait pris soin d’emporter un trépied et un micro spécialement conçus pour le iPhone a pu réaliser des entrevues avec les citoyens ayant décidé de ne pas évacuer les lieux, filmer les dégâts, relayer au public les informations de dernière heure via les réseaux sociaux et faire plusieurs interventions en direct à la télévision (Sonderman, 2012). Certes, la qualité sonore et visuelle n’était pas aussi performante que celle d’une caméra professionnelle, mais il demeure qu’ABC News a été la seule station de télévision américaine à diffuser des images exclusives des dommages causés par Sandy à Staten Island. Privés de tout support technique, les journalistes d’ABC News ont d’ailleurs fait le montage eux-mêmes, en pleine tempête, grâce à l’application iMovie (Collard, 2012).

D’autres journalistes, dispersés un peu partout à New York lors du passage de Sandy, ont également dû composer avec l’absence de soutien technique. C’est le cas de Ben Lowy du Times Magazine, dont le photographe n’a jamais réussi à le rejoindre. Le journaliste a tout de même décidé de prendre quelques photos avec son iPhone, via l’application Hipstamatic. Le lendemain, sa photo, qu’on peut voir ci-dessous, s’est retrouvée sur la Une du Times Magazine, une première nord-américaine pour une image captée avec un téléphone intelligent (Stern, 2012).


Quelques instants après avoir pris cette photo, Ben Lowy a décidé de la publier sur Twitter. Des millions d’internautes y ont eu accès instantanément et plus de 2500 d’entre eux l’ont retweetée. Ces deux exemples démontrent donc à quel point le téléphone intelligent permet de pratiquer un journalisme interactif et multiplateforme. En échangeant directement avec leur public via leur iPhone, Blackberry ou Android, les journalistes contribuent davantage au débat public (Sonderman, 2012).

Conclusion

Avant l’arrivée des téléphones intelligents sur le marché, les médias étaient fréquemment accusés de contrôler l’information, c’est-à-dire de manipuler l’opinion publique par une mise en forme volontaire de l’actualité (Brin, 2011). Selon Gingras, l’influence des médias était majeure, « parce qu’ils déterminaient le contenu des nouvelles et constituaient la lentille à travers laquelle les citoyens forgeaient leur savoir, leur compréhension du monde et leurs convictions » (Gingras, 2009 : 19). Aujourd’hui, en raison de l’entrée en scène du iPhone, Blackberry et Android, la situation est tout autre. En effet, à l’instar des journalistes, les citoyens aussi possèdent des téléphones intelligents et à l’aide de ces outils multifonctions, ils sont capables de valider plus facilement, notamment via Internet et les réseaux sociaux, l’information véhiculée par les journalistes (Laporte, 2011). Grâce à leur iPhone, Blackberry ou Android, les citoyens ont maintenant des yeux partout. Le contrôle de l’information, même s’il ne s’efface pas, tend ainsi à s’estomper (Gingras, 2009).


Selon Ramonet, « les citoyens, ayant cessé d’être passifs et ne se contentant plus de recevoir des nouvelles préparées et emballées par d’autres, souhaitent dorénavant eux aussi produire du contenu journalistique » (2011 : 18). Depuis quelques années, on assiste en effet à la montée en puissance de l’amateur dans le domaine de l’information. À tel point, qu’il est de plus en plus difficile de différencier le journalisme citoyen du journalisme professionnel (Gingras, 2009). Équipés de leur téléphone intelligent, les citoyens filment des bagarres dans les rues, commentent l’actualité sur les réseaux sociaux ou encore dénoncent ouvertement les erreurs factuelles commises par les journalistes. Bref, le téléphone intelligent a peut-être permis aux journalistes d’être connectés en permanence et de se rapprocher de leur public, mais face à des citoyens avertis et créateurs de contenus, ils devront faire prendre bien soin de valider leurs informations avant de les publier, la moindre erreur pouvant être repérée en une fraction de seconde par des milliers de personnes et porter atteinte à leur crédibilité.  

Bibliographie

Bougaud, Johanne. 2010. « Impact du nouveau contexte technologique dans la production et la diffusion de l’information ». Groupe de travail sur le journalisme et l’avenir de l’information au Québec. [En ligne] URL  : http://www.etatdelinfo.qc.ca/sites/etatdelinfo.qc.ca/files/attaches/etude_j_bougaud.pdf. Consulté le 22 novembre 2012.

Brin, Colette. 2011. « La taverne Twitter, le salon Facebook et la vraie vie ». Université Laval. [En ligne] URL : http://www.blogues.ulaval.ca/colette-brin/la-taverne-twitter-le-salon-facebook-et-la-vraie-vie-2/. Consulté le 22 novembre 2012.

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Desjardins, Gina. 2011. « Le cellulaire, une laisse ou un symbole de liberté ? ». Radio-Canada. [En ligne] URL : http://blogues.radio-canada.ca/triplex/2011/11/14/cellulaire-laisse-ou-symbole-liberte/. Consulté le 23 novembre 2012.

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